Tremplin : Quentin Caffier

1fv0s
Belles et irritantes, les images de Quentin Caffier sont une exploration de sentiments ambigües et complexes. Elève à l'école Louis Lumière, il est déjà l'auteur de multiples séries aux symboliques percutantes. A ses 7 sept ans, Quentin reçoit, pour son anniversaire, un Polaroïd. Peu de temps après, ses parents déménagent et l'obligent à quitter tout ce qu'il connait. Il se met alors à enregistrer les images de son univers : son jardin, sa maison, son chien. Arrivé dans sa nouvelle demeure, il accroche aux murs de sa chambre, l'ensemble des clichés. « Ce fut pour moi la prise de conscience du pouvoir de captation de la photographie ». Depuis, Quentin a fait du chemin et ses thématiques ont changé. Bien qu'il conserve un lien avec l'enfance, l'innocence et le jeux, ses recherches sont devenues plus graves et moins nostalgiques. Avec ses lunettes rectangulaires, ses tatouages et ses piercings, ce jeune photographe de 24 ans ressemble aux personnages qu'il met en scène. Issus de son milieu, les modèles des séries Pygmalions et Prométhée représentent un monde visuellement en marge. La légende de Pygmalion est contée par le poète Ovide dans ses Métamorphoses. Elle raconte l'histoire d'un artiste chypriote qui sculpta une femme tellement belle qu'il en tomba amoureux. Dans la série de Quentin, Pygmalion s'écrit au pluriel et se rapporte aux amateurs du body art. Il met en avant la recherche esthétique et ses dangers : superficialité et troubles de la subjectivité. Mais ces sculptures auto-élaborées n'en sont pas moins des portraits. Pour aller au-delà du simple effet extraordinaire, Quentin Caffier a usé de différents éléments liés à l'identité. Il y a ajouté à ses photos le nom et la profession de ses modèles les rendant ainsi plus accessibles au spectateur. Puis, il a apporté un soin très particulier aux détails. Les objets accompagnant les personnages sont des éléments biographiques disposés sans hasard. Plus subtil, le jeux de lumière employé est un moyen d'exprimer un aspect du caractère de la personne photographiée. « Dans le portrait de Mylooz par exemple, ces traits symbolisaient sa vivacité d'esprit, son coté pétillant ». © Quentin CaffierProméthée, pendant de Pygmalions, se réfère au titan condamné, jusqu'à la fin des temps, à se faire manger le foie par un aigle. Il est l'envers du décor de la série précédante et nous invite au spectacle de la douleur. Piercing, scrarification, pose d'implants, rien ne nous est épargné. Paradoxalement, le but n'est pas que la souffrance soit répercutée de l'image au spectateur. Elle est plutôt là en tant qu'objet à regarder. Sublimée, elle se veut fascinante et non heurtante. Elle sert d'introduction à tout l'aspect irritant du travail de Quentin. Dans Les enfants perdus, les modèles baignés de blanc, semblent sortis d'un mauvais rêve. Ils portent la trace du malaise enfantin, en proie aux premières horreurs psychiques. La série est une métaphore de la difficulté d'être au sein de la société. Les yeux fermés, ils peinent à trouver leur identité : « les aspirations sont devenus particulièrement conformistes. Je dirais même que l'on ne valorise qu'un seul type d'existence ». Autre trouble et autre thématique : Cacophonie propose des images sourdes et bruyantes d'incompréhension. Ici, une femme à la bouche ronde tente de faire absorber des paroles à un jeune homme dont l'orifice bucale est en forme d'étoile. Là, au sein d'une famille à l'identité triangulaire, une jeune fille essaye d'exister en tant que croix. Quentin Caffier pose la question de la prédétermination, de l'identité et de la difficulté, encore une fois d'exister au sein d'un groupe social. Toujours plus abouties et cohérentes, ses séries laissent à penser que l'avenir lui réserve de belles choses pour sa carrière. http://www.finearttv.tv/fr/fine-art/tremplin/quentin-caffier

À ne pas manquer