L'argent partie 5/6

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Ré­cem­ment, l’Ar­gen­tine et la Tur­quie ont vu leurs mon­naies na­tio­nales se dé­va­luer dra­ma­ti­que­ment et ces pays dits riches se sont re­trou­vés au bord de la faillite. Em­pri­son­nées dans une spi­rale d’en­det­te­ment, l’Ar­gen­tine et la Tur­quie en sont ve­nues à se vi­der de leurs res­sources fi­nan­cières à tra­vers les pri­va­ti­sa­tions et le paie­ment de leur dette ex­té­rieure, pré­ci­pi­tant la « dol­la­ri­sa­tion » de leurs éco­no­mies na­tio­nales. Pre­nant comme ter­rain d’in­ves­ti­ga­tion l’Ar­gen­tine, la Tur­quie mais aus­si l’État de New York, il ob­serve l’émer­gence d’ini­tia­tives com­mu­nau­taires al­ter­na­tives et de ré­seaux pa­ral­lèles de troc, des ou­tils dont se dotent les ci­toyens pour sur­vivre ou pour sou­te­nir et dé­ve­lop­per les échanges lo­caux.2001, dans les rues d’Ar­gen­tine, des mil­lions de per­sonnes ma­ni­festent au rythme des cuillères frap­pant les cas­se­roles vides, los ca­ce­ro­la­zos. C’est la fa­mine, la mi­sère, la crise éco­no­mique. Les banques étran­gères fuient. Les comptes des épar­gnants sont blo­qués. Les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières ferment. En Tur­quie, même si­tua­tion, des déses­pé­rés s’im­molent par le feu de­vant les portes ca­de­nas­sées des éta­blis­se­ments ban­caires. La ca­mé­ra d’Isaac Isi­tan pré­sente une femme aux yeux fa­ti­gués. La di­rec­trice de l’école Bea­triz, à Quilmes, nous in­ter­roge : « Le peuple ar­gen­tin est riche avec ses terres fer­tiles. Nous avons as­sez d’eau po­table ici pour abreu­ver la pla­nète en­tière. Vous n’avez qu’à rou­ler à 50 km pour trou­ver des vaches, des terres où l’on cultive du blé, du riz, des pommes de terre. Com­ment un pays aus­si riche, qui n’a pas connu la guerre comme en Af­gha­nis­tan, qui n’est pas non plus un pays mi­nus­cule comme l’Équa­teur, peut-​il souf­frir ain­si de la faim ? » Dans sa pe­tite cui­sine en­so­leillée de la rue Jeanne-​Mance, à Mont­réal, Isaac Isi­tan re­prend les pro­pos du fon­da­teur de Ford Mo­tors, lors de la grande dé­pres­sion de 1929 : « Si les gens de cette na­tion (les États-​Unis) com­pre­naient notre sys­tème ban­caire et mo­né­taire, je crois qu’il y au­rait une ré­vo­lu­tion avant de­main ma­tin ». En si­ro­tant son thé ma­ti­nal, le réa­li­sa­teur ra­conte à quel point cette ré­flexion l’a frap­pé : « j’ai vou­lu com­prendre le mes­sage d’Hen­ry Ford ». Pour illus­trer les mé­ca­nismes de l’éco­no­mie de mar­ché, Isi­tan re­trace le par­cours de l’Ar­gen­tine et de la Tur­quie, deux pays riches ayant som­bré dans une crise éco­no­mique à cause de leur en­det­te­ment. Il montre l’im­pact des pri­va­ti­sa­tions im­po­sées par le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI) et la Banque Mon­diale (BM) obli­geant les États à cé­der leurs mar­chés na­tio­naux et à cou­per dans les ser­vices so­ciaux pour payer leurs dettes. « Com­ment se fait-​il que l’hu­ma­ni­té en soit ar­ri­vée à un point où l’ou­til qu’elle a in­ven­té, l’ar­gent, pos­sède plus de va­leur que l’être hu­main », dé­crie Isi­tan. « Il reste seule­ment la di­gni­té des Ar­gen­tins à vendre, tout le reste est pri­va­ti­sé », lui lance un ou­vrier de che­min de fer sans em­ploi pen­dant le tour­nage.
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