Des envies impatientes sur les lèvres, des dissidences différées sous les lignes de flottaisons. Décider de s’affranchir des trajectoires aux motus et bouches cousues. Liés comme les six doigts de la main, Vian nous invite à fuguer en brouillant les pistes. Aux creux des paumes et des voix, les ombres de Radiohead, Pink Floyd, matinées de jeux de mots à la Gainsbourg, -M-. La rage élégante portée par Vianney, leader, le groupe esquisse avec fureur son emprunte. Refuseriez vous de faire la nique à la vie et son goût d’avaler de travers ? Désobéir en compagnie des gentlemen teigneux, à l’allure désarmante.
L’intranquillité rôde sous les peaux et sur les visages. Choisir d’être complice des jeux de mots « Des pressions/Dépression » et des mondes où s’entrecroisent Gainsbourg, Noir Désir, Murat. Vian se fait témoin, aux vérités lucides de nos envies au bord des lèvres, de ces dissidences aux désirs de grand large. Ne pas être dupe de nos fuites « Dormir tranquille », des réponses éphémères qu’on y trouve….
La voix du leader de Vian se fait douce amère ou tendrement assassine. Exit les faux-semblants, Vian nous prend et lui avec !, par la peau du cou. Face au miroir, suivre jusqu’au vertige ce voyage à rebours de nos drôles de vies.
Demi-sourire de ces Adèle qu’on pu être ou croiser au goût de Virgin Suicides. Brouillons de femmes-enfants, cherchant à trouver leur place ou à défaut de s’effacer.
A la Beatles, mater ironiquement la toile. Vue par Vian : une manne de quêtes éperdues du « … virtuel grand amour… » et de perditions plus ou moins vécues. Fouler d’un clic les êtres à désirer ou à consommer. « mon amour.com » Comme vous et moi ou presque…
Se laisser traverser et ravir par les évidences de Vian, « Nos très sales attitudes en réciproques solitudes, ont bouffé nos habitudes et nos propres lassitudes », qui sont un peu, beaucoup, les nôtres.
Avoir quelqu’un en face pour fuir, se sentir vivant, s’abandonner. Vagabond à la Kerouac avec « La putain sur le chemin », looser magnifique se mettant à nu « Je recherche ta trace, assassinant mes angoisses », Vian assume ses visages, sans se forcer aux masques, avec une élégance insolente.
Leur en vouloir de nous ramener aux contours quotidiens, de larguer nos faux–semblants d’hommes et de femmes pressés. « Perdre sa vie à la gagner » est une gifle rageuse à nos impatiences de tailler la zone, chaque jour, à chaque métro-boulot-mal à l’âme.
Fiévreusement, le groupe Vian se fraie une identité insulaire, jetant au rebut les étiquettes ambiantes. Obstinément perdus dans les criques de Radiohead, M, Pink Floyd, ils ont su s’y lover, s’y écorcher et surtout s’en échapper. Evitant leurs ombres portées, leur musique semble voyager léger. Ne pas s’y méprendre, elle a le charme ténu des cicatrices qu’on veut rendre indélébiles. Comme ce poing de côté infligé par « A la masse », battant la chamade dans nos corps et nos âmes. Vertiges têtus d’une déclaration énigmatique que porte Vian, à l’inconnue, évidence lucide de son cœur.
Une invitation à conjurer les injonctions à se taire, laisser s’ouvrir cette petite voix qu’on emprisonne au fond de nos poings et bouches cousues. Vian ou la grâce teigneuse d’enfants sauvages sous l’allure désarmante de gentlemen, l’art de composer sans se laisser entamer.