Le Jeu de l'Amour et du Hasard

 

Pour éprouver les sentiments de celui que son père lui destine, Silvia échange sa place avec sa servante Lisette. Mais ce qu’elle ignore, c’est que Dorante, son prétendant, a eu la même idée et qu’il se présente à elle sous les traits de son valet Arlequin !... Dans cette comédie amoureuse, où les obstacles ne sont pas le fait d’un père autoritaire, de l’argent ou du milieu social, mais des cœurs mêmes, Marivaux explore les méandres du cœur humain et nous donne à entendre une voix féminine qui, par le jeu, veut éprouver l’amour en refusant le hasard. Tout en respectant les codes de bienséance de l’époque –les nobles finiront ensemble, et les « petites gens » de leur côté- Marivaux retourne, dans cette comédie au dialogue étincelant, l’ordre établi, trouble les préjugés et inverse les rapports maîtres-valets. Cette situation engendre complications et quiproquos, et ce sont finalement les femmes, avec les serviteurs, qui se sortent le mieux de cette situation, mais sa fierté l’empêche de l’avouer tout de suite à Dorante. Après quelques problèmes, ce dernier, passablement déconcerté, parvient finalement à vaincre l’orgueil de Silvia. Le travestissement entre maîtres et valets répond à la volonté de faire coïncider l’identité sociale à l’épreuve de la « nature », sans laquelle rien n’est vrai, ni solide : c’est ici la démarche d’Orgon, véritable ordonnateur de la comédie. Le texte se fonde sur des valeurs qui seront reprises au cours du siècle. Dorante et Silvia appartiennent à l’aristocratie, mais leur exigence de transparence et de fidélité est en opposition avec le libertinage de leur milieu. Il s’agit d’une vision bourgeoise idéale du mariage, qu’il faut replacer dans l’émergence de la personne individuelle au XVIII siècle : Monsieur Orgon n’a rien d’un père de Molière par exemple. Par conséquent, le discours amoureux reprend et parodie en même temps le code de l’Amour.

spiritweave

 
 
 

Plus d'infos sur :

 

Date de création : le 24 février 2009

Visites : 341