On commence par la bonne nouvelle : oui, cet opus 3 est le meilleur de la trilogie. Mais que l'on ne s'enthousiasme pas pour autant. Car s'il réussit à dépasser les deux nanars décérébrés de Leterrier, celui de Megaton n'est pas exempt de défauts, le pire étant finalement celui que l'on espérait définitivement effacé (on y reviendra plus loin). Pour commencer, soyons honnêtes : avec ce film, Besson et sa clique ont visiblement pris un peu plus de vitamines pour nous torcher un scénario qui soit le moins navrant possible. Cette fois-ci, l'intrigue se suit avec un certain plaisir (même si l'issue se devine comme le nez au milieu de la figure), les enjeux narratifs sont un poil plus intéressants, les scènes d'action en mettent souvent plein la gueule et la réalisation s'avère infiniment plus nerveuse qu'avant... Voilà pour les bonnes nouvelles. Maintenant, on passe à la douloureuse. Aussi divertissant soit-il, ce troisième opus de la saga du TRANSPORTEUR laisse éclater sur grand écran les limites du système de production à la Besson, ainsi que les figures récurrentes qui peuplent trop souvent l'univers de ce scénariste-producteur désormais plus proche de Jerry Bruckheimer que de Darryl Zanuck.
Certes, tout cela n'a rien de nouveau, mais on se rêvait à penser que ceci n'était qu'une vision simpliste du cinéma pop-corn défendu par le réalisateur du GRAND BLEU. Mais là, ça devient tellement récurrent qu'on commence sérieusement à se poser des questions. Dans un film produit par Besson, que trouve-t-on de particulier ? Déjà, de l'action, forcément. De la pure, de la dure, de la qui te perfore le tympan à grands renforts d'effets sonores surpuissants, le tout englobé d'une musique rap ou hip hop à la mode, parce que, faut pas déconner, ce genre de film, c'est fait pour remplir les salles de tous les djeun's un tantinet branchés. Pour le reste, on y trouve une intrigue sans originalité, écrite sur un coin de table en un temps record et formatée à l'hollywoodienne pour ne pas trop faire fonctionner les neurones pendant la projection. Et surtout, on ne lésine pas sur le stéréotypage des personnages : un méchant plus salopard tu meurs, une actrice d'Europe de l'Est dans le rôle de la bimbo de service (une rousse de préférence, ça devient une habitude...), et un héros dont le charisme se limite à la grosseur des biscotos et dont le nombre de répliques est inversement proportionnel au pourcentage de bourre-pifs distribués sur 1h45 de film.
En conséquence, aucune tromperie sur la marchandise en ce qui concerne LE TRANSPORTEUR 3. Ceux qui ont envie de débrancher leur cerveau pendant moins de deux heures n'auront pas à se plaindre, puisque même une Miss France pourrait comprendre de quoi il s'agit. Ceux qui veulent voir Jason Statham péter la gueule de bad guys et entendre le craquement des os avec le Dolby Digital 5.1 à fond les turbines peuvent se réjouir, parce que ça n'a pas disparu. Ceux qui en ont marre d'entendre François Berléand jouer le comique de service qui débite des blagues tout sauf marrantes peuvent déchanter fissa, parce que ça ne s'est pas évaporé. Ceux qui pensaient que Robert Knepper était déjà bien vilain dans ''Prison Break'' peuvent s'attendre à mieux, parce qu'il est encore pire dans ce film. Et ceux qui veulent voir un clone de Milla Jovovich en tenue légère qui lance des oeillades à l'Action Man de service auront de quoi baver. Sur ce point, notons que la belle passe les trois quarts du temps à parler cuisine (ce qui, vous en conviendrez, est tout à fait passionnant) et que, le reste du temps, elle danse façon lapdance, se bourre la gueule à la vodka jusqu'à virer cinglée et n'hésite pas à interrompre la mission pour contempler un strip-tease du sévèrement musclé Jason Statham.
Mais bon, tout ça, on s'en fout : ce genre de film, ça nous donne exactement ce qu'on attend, et donc, ça ne sert à rien de râler. Là où le film devient franchement énervant, c'est quand on voit le nom du réalisateur au générique. Certes, remplacer Louis Leterrier (parti filmer les dernières crises de nerfs de Hulk aux Etats-Unis) par l'excellent Olivier Megaton avait de quoi promettre un changement global d'orientation de la saga : avec son fascinant EXIT et son intense SIRENE ROUGE, le bonhomme avait démontré un réel talent de plasticien, aussi doué pour faire surgir l'émotion dans une scène de fusillade que pour donner à un simple dialogue une intensité foudroyante, le tout bercé dans une esthétique clippesque tout à fait adaptée au sujet illustré. Ici, Megaton ne fait rien d'autre que respecter un cahier des charges imposé à l'avance, sans jamais pouvoir imposer son regard de cinéaste sur ce film de commande. On se rappelle que Leterrier y était magistralement arrivé avec DANNY THE DOG, éclatant le fonds de commerce Besson avec une sécheresse inédite et une esthétique néo-punk à tomber par terre. Alors que là, c'est juste du déjà-vu. Agréable, certes, mais avec un tel cinéaste aux commandes, on finit vraiment par soupirer. Et pendant ce temps-là, la pompe à fric continue de fonctionner à plein régime...
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Thématique :Ciné Action / Polar / Aventure
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Tags :olivier cinema robert jason transporteur knepper statham megaton
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