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Confiée au maître du fantastique John Carpenter, Christine a été mise en chantier avant même la parution du roman, selon une formule qui sera par la suite systématiquement appliquée : les producteurs achètent les droits parfois sur l'annonce du seul titre, persuadés qu'il s'agira de toutes façons d'un best-seller et considérant la simple présence du nom de King sur une affiche comme un argument de vente suffisant. Quelques temps plus tôt, Carpenter avait été sollicité par Dino De Laurentiis pour l'adaptation d'un autre roman, Firestarter, mais producteur et réalisateur ne s'étaient pas entendus sur le budget et Mark Lester s'acquitta finalement de la tâche. Carpenter fut alors "récupéré" par la Columbia pour son propre projet. À ses côtés on retrouve Larry Franco, collaborateur privilégié du cinéaste puisqu'il a non seulement produit quasiment tous ses films depuis Elvis (1979) mais aussi régulièrement assuré la fonction de premier assistant voire réalisateur de seconde équipe sur ses plateaux (et ce sera le cas sur Christine).

À cette date, Carpenter est sans doute dans l'une des périodes les plus difficiles de sa carrière. Son précédent film, The Thing, véritable sommet de son oeuvre, a été un désastre tant critique que public. Ce travail de commande lui apparaît donc comme une aubaine qu'il serait absurde de rejeter. Il est temps pour lui de faire profil bas. Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas que Christine soit un titre si peu commenté de sa filmographie, considéré comme une oeuvre de commande donc forcément impersonnelle, forcément mineure. Or il s'agit d'un de ses films les plus attachants.
Dédié à George Romero, Christine le roman n'est assurément pas de la grande littérature mais demeure néanmoins une oeuvre profondément personnelle, qui se lit sans ennui. La façon dont l'auteur progresse par petites touches pour faire doucement basculer des situations tout à fait réalistes et crédibles dans l'épouvante la plus surréaliste est plutôt bienvenue et certaines ambiances sont assez réussies. Mais au-delà de son concept premier qui est de mettre en scène une voiture maléfique, le roman s'attache d'abord et avant tout à ses personnages. La présence d'éléments fantastiques n'est qu'un leurre qui ne doit pas distraire du vrai sujet. Christine est le récit d'une métamorphose bien naturelle, celle d'Arnie, lycéen en plein âge ingrat qui va prendre sa revanche sur une société qui l'oppresse, sur ses parents (profs de fac soi-disant progressistes), sur ses camarades de classe (de l'ami sportif aux voyous persécuteurs) et sur le sexe opposé, sortant finalement avec la plus jolie fille du lycée.

La voiture et ses étranges pouvoirs ne sont qu'un révélateur de cette montée d'hormones. Il s'agit évidemment d'une allégorie — certes bien sombre — du passage douloureux de l'adolescence à l'âge adulte, exprimant assez impitoyablement cette quête d'une identité qui nous rend méconnaissable, même auprès des êtres qui nous sont chers. On devine que Stephen King a du partager dans sa jeunesse les tourments du binoclard boutonneux de service, fantasmant dans ce livre une terrible vengeance sur tous ceux qui le prenaient de haut. À ce titre, Arnie Cunningham est incontestablement le pendant masculin de Carrie White.

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Thématique :Ciné Action / Polar / Aventure Ciné Science-Fiction / Horreur | Tags :king action horreur stephen cinema john christine carpenter seller malefice diablerie

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