Monuments coloniaux
‘‘Un pays qui s’en fout de ses morts ne peut pas nourrir une politique de la vie’’, Mboak Massok. Parlons des monuments français, les monuments des colons au Cameroun... Sans remettre en cause la françafrique, et l’Histoire qui en découle, une question se pose: pourquoi à Douala, sont visibles les statues du général Leclerc, des poilus...etc... mais pas celles à l’égard de héros nationaux tels Ruben Um Nyobe, Martin Paul Samba, Rudolph Douala Manga Bell...? Le Cameroun est indépendant depuis le 1er janvier 1960. Pourtant dans le discours de ses habitants, l’influence de la France est encore très présente: ‘‘ La France a installé la statue de Leclerc sur l’emplacement où notre indépendance a été obtenue, et sur son regard. Alors qu’il y a nos héros de l’indépendance, nos nationalistes, qui méritent de trôner, sur les places de l’indépendance au Cameroun. A deux cents mètres de cet endroit, il y a la tombe de Rudolph Douala Manga Bell. Il gît dans l’anonymat total, pendant que quelqu’un d’autre, qui n’a rien à voir avec notre histoire, est débout. J’estime que c’est une aberration. C’est un non-sens.’’ ‘‘J’ai été à l’école des français. On m’avait dit que mes ancêtres étaient gaulois. Sur la carte de géographie de France, je sais où se trouve le bassin aquitain. Je ne te dirais jamais où se trouve le Botswana sur une carte d’Afrique. Je n’ai jamais appris ça! Je ne connais pas la carte du Cameroun! Parce que j’ai été français! Je sais que Henri IV a été assassiné en 1834 par un fou appelé Ravaillac. Je ne connais pas la mort du roi Douala Manga Bell. Parce qu’on m’a blanchi, on m’a déshabillé. Je suis complètement acculturé.’’ Un matin, je suis allée écrire ces deux témoignages à la craie, autour de la fontaine du monument aux morts, place du gouvernement, à Bonanjo. Celle-ci a été construite dans les années 20, à la mémoire des militaires et marins français et alliés, tombés au champs d’honneur pendant la guerre 1914-1918. Cette fontaine sert maintenant principalement aux laveurs de voitures qui viennent y puiser de l’eau pour effectuer leur travail. Avec l’action de ces laveurs, de l’eau est répandu autour de la fontaine. Je me suis servie de ce phénomène: le texte sur l’influence française disparaît sous l’action quotidienne des camerounais.
