Les rythmes que Frank Tenaille classe sous les rubriques “Racines” et “Le sel de la terre” s’ouvrent à de nouvelles expérimentations mais restent rattachés au Continent : le Nigérian Fela Kuti excelle avec l’Afro-beat ; l’Ivoirien Alpha Blondy témoigne de la vitalité du reggae en Afrique ; le Malien Ali Farka Touré est très proche du blues, avec sa guitare-calebasse-njarka ; le Sénégalais Doudou Ndiaye Rose est l’initiateur du premier grand groupe de percussionnistes d’Afrique ; Rakoto Frah, pour sa part, puise dans l’identité musicale malgache - mon ami l’écrivain Rahararimanana devrait se réjouir - tandis que le Réunionnais Grand Moun Lélé fait du maloya “comme on respire”.
Durant la tumultueuse période de mai 1968 en Europe, deux grands noms du Continent se trouvent en Europe : le Camerounais Francis Bebey et le Gabonais Pierre-Claver Akendengué. Les deux artistes ont largement contribué au processus de la reconnaissance de la musique africaine hors des frontières du continent. Frank Tenaille les qualifie d’ailleurs de “métropolitains”, mieux encore “d’enfants de la négritude” car, derrière l’entreprise artistique se dessine un militantisme proche des fondateurs de la négritude. Francis Bebey utilisait la plupart des instruments à sons de l’Afrique centrale, puisait dans les mythes africains pour composer ses chansons. Akendengué a signé un des albums les plus ambitieux de la world music intitulé “Lambarané” et dont le travail avait nécessité cent cinquante musiciens et choristes, six mois de préparation, trois mois de studio...
L’immigration africaine a-t-elle installé une vogue des musiques noires ? Frank Tenaille souligne que dans les années quatre-vingts, beaucoup de courants musicaux s’essouflant, les medias étaient à l’affût de la nouveauté et se faisaient alors “les propagandistes de l’idée d’une société multiculturelle”. Le groupe Touré Kounda par exemple bénéficiera de l’intérêt de la presse pour rencontrer un public de plus en plus sensible aux musiques africaines. Ce phénomène de l’industrie musicale européenne attentive aux musiques africaines préfigurera ce qu’on appellera plus tard la World music...
Le swing du caméléon est un bilan nécessaire, un livre utile en cette période où les rythmes africains suscitent un intérêt à travers le monde. L’ouvrage a le mérite de faire le point sur l’ensemble des musiques africaines. Le lecteur réalise très vite qu’il revisite également l’Histoire africaine gravée en arrière-plan et dont le rythme se fait entendre en fond sonore. Jamais la musique n’a été aussi proche des mutations sociales...
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Thématique :World / Reggae / Dancehall
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