Ennekab_Maazouz Bouadjadj

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L’enfant terrible du chaâbi algérien, Maâzouz Bouadjadj, continue d’être considéré en Algérie comme le pionnier indiscutable du genre musical cher à Hadj M’hamed El Anka.
L’assidu disciple du regretté cheikh Benaïssa Abderrahmane demeure de nos jours l’un des rares maîtres à bord de la chanson populaire dite chaâbi. Âgé de 72 ans, le maître a conservé son allure et sa prestance mais également et surtout la maîtrise extraordinaire de l’instrument. L’enfant du vieux faubourg de Tigditt, à la mémoire prodigieuse, s’est depuis toujours distingué par l’assimilation du texte en ce sens qu’il détient encore en tête pas loin de 300 qacide. Très méticuleux dans son travail de recherche, le cheikh se révèle comme un authentique interprète austère dans sa façon d’interpréter un texte. N’ayant rien à voir avec la chansonnette et encore moins le new chaâbi, Mazouz Bouadjadj puise dans un tout autre répertoire où la poésie haut de vol demeure l’essentiel à travers ce qu’il chante. Ainsi, le maître voyage dans ses irrésistibles mélodies des monts du Dahra à Fès et Meknès en passant par Tlemcen, et ce, en revisitant d’une manière magistrale l’antre des mots ciselés d’un monstre sacré nommé Lakhdar Benkhlouf, Kaddour El Alami, Mohamed Benslimane, Benali, El Maghlaoui ou encore Benmessaïb et Bentriki… Une classe restée intacte malgré le poids des ans et l’usure du métier. Le célèbre haffadh algérien doté d’une mémoire phénoménale animait à une époque des noces jusqu’au petit matin, et ce, à la faveur d’un talent incomparable. Sa force réside aussi dans la technique d’assimilation qu’il affectionne dès son jeune âge grâce à son cheikh de tous les temps, en l’occurrence Benaïssa Abderrahmane auprès duquel il dut apprendre tant de choses. Le petit Maâzouz, âgé seulement de 17 ans, se devait de réciter au cheikh les bouts de texte qu’il recevait un peu chaque jour au comptegouttes. C’est de là que cheikh Bouadjadj commencera à voler de ses propres ailes en emmagasinant le tout dans une tête bien faite et qui lui servira, dès lors, de véritable catalyseur dans son ascension artistique de futur maître de la chanson chaâbi. L’homme à la fine moustache et au regard pénétrant possède entre autres le don de comprendre tout ce qu’il déclame et, partant, saisit le sens particulier du mot et le non-dit de la parole avec au passage tout ce qui est censé se décortiquer en matière d’images fortes et métaphores dont seuls les poètes invétérés ont souvent le secret. Beaucoup de chanteurs, poètes, paroliers et interprètes, dans le genre chaâbi notamment, font un passage obligé, oserait-on dire, du côté du cheikh pour s’abreuver de tant de connaissances inhérentes au sens, à la rime et aux couleurs et formes sémantiques que sont censés épouser le mot, la phrase, le vers ou carrément l’idée contenue dans tout un couplet. Le jour où le maître s’était éclaté sur la scène du vieux “ Cinémonde ” à Mostaganem, vers les années 1980 et où il avait pour la première fois chanté la célèbre Kholkhal Aouicha dans un style pur et distingué, digne d’un grand Bouadjadj, une voix s’était alors élevée du milieu d’une salle comble, du fond d’un silence olympien, “ Prisunic fi rassek ya cheikh… Mayna aâlik ya cheikh…”, suivie d’un tonnerre d’applaudissements qui dura un bon moment. Même scénario quand le cheikh se plaît alors à une heure avancée de la nuit à interpréter El Ouafat de Sidi Lakhadar Benkhlouf. Une qaçida très longue qu’il sait admirablement broder au outtar, avec l’art et la manière. Sa force réside dans l’énorme capacité de tenir une soirée de six heures et plus sans jamais se référer à un quelconque écrit. Lorsqu’on lui pose l’amère question concernant les chanteurs qui, sans références écrites, ne sont pas capables de monter sur scène, il se limitera à nous dire : “ Qacida fe rass khir mène aâchra fel kourass.” Des adeptes, fans et inconditionnels, il en a un peu partout dans le pays, entre Alger, Annaba, Blida, Tlemcen, Béjaïa, Oran, Constantine, Cherchell, Chlef, Skikda, Médéa et autres Sidi-Bel-Abbès. Même au royaume chérifien, nous eûmes l’agréable surprise de rencontrer bon nombre de Marocains, artistes et simples citoyens qui nous ont exprimé toute leur admiration vouée au cheikh. Ce dernier, toujours égal à lui-même, ne s’est jamais embarrassé d’inutiles faire-valoir protocolaires vis-à-vis de qui que ce soit. Préférant rester loin des feux de la rampe et de la pub, le maître du chaâbi continue son bonhomme de chemin dans la dignité des grands cheikhs. Que pourrait-on bien lui demander de nous déclamer quand il est en face de son public? Tout est sublime chez lui et en lui. De Yahl ezzine el fassi à Mesbeni ouedda aâqli, El Khezna El Kbira ou encore Yahl Allah, El guit anaya khoudet, Chaâl mène friekh b’gha yestechyekh… et j’en passe, on n’en demandera jamais assez. Sacré cheikh ! Que Dieu lui prête vie. Sid Ahmed Hadjar

majdgloire | il y a 2 ans | Signaler
 
 
 
 
 

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