Il dit que chaque fleur a sa couleur et son parfum, et qu'un jardin n'est enchanteur que par la richesse et la diversité de ses pousses. Le jardin d'Akim El sikameya, entre tradition et modernité, Oran et Paris, joie et nostalgie, est un jardin sans barrières situé au carrefour de toutes les frontières. Il incarne les meilleurs aspects de notre époque, faite de rencontres et de métissages.
Si Akim est né à Oran, capitale du raï, sa famille est originaire de Tlemcen, une ville où l’arabo-andalous constitue le patrimoine culturel populaire - puisqu’on y fait véritablement la nouba à chaque baptême ou mariage. C'est pourquoi ses parents l'envoient dès 8 ans apprendre l'arabo-andalou classique à l'école de renommée internationale Nassim El Andalous, une école qu'il fréquente pendant 16 ans. Parallèlement, il intègre l'orchestre du collège Montesquieu dont la directrice est une grande amatrice de musique. L'enfance d'Akim baigne donc en permanence dans la musique, et il prend très tôt l’habitude, dans cette ville cosmopolite, de jouer pusieurs styles musicaux : tout en connaissant parfaitement le répoertoire du Juif Salim Hillali, il fait danser ses amis au son du raï et des chants populaires marocains.
L'idée de moderniser la musique arabo-andalouse pour la rendre aussi populaire que le rai apparait plus tard, en 1990, date à laquelle Akim fonde un groupe (El Meya). Pour ce groupe, il transforme pour la première fois des noubas en chansons, ajoutant une guitare flamenca et un piano à une musique qui ignorait ces instruments.
Mais c'est véritablement l'expérience de l'exil, donc du métissage intérieur, qui va donner son envol à la musique d'Akim. Il quitte l'Algérie en 1994 pour Marseille, où il devient très vite El Sikameya (croisement de sika et de meya, deux des noubas les plus jouées de la musique arabo-andalouse), avec un premier album, Atifa-Oumi, sorti en 1999. Cette date marque le véritable début d'un style qui n'appartient qu'à lui : la chanson arabo-andalouse, expression contemporaine et moderne d'une musique pluricentenaire. Ce faisant, et c'est très important, il ne fait que réactualiser l'esprit de l'Al Andalus dans lequel cette musique a vu le jour, à savoir un esprit d'échange et de respect mutuel entre trois cultures (chrétienne, musulmane et juive) différentes mais finalement proches.
En définitive, fruit à la fois d'un long aprrentissage et de cette expérience de vie particulière qu’est l’exil, la musique d'Akim El Sikameya établit des ponts entre des cultures qu'il connait intimement, dans leurs plus beaux aspects.
...au delà des frontières...
A Marseille, Akim se fait vite remarquer lors de petits concerts par sa voix de contre ut, fine et douce, qui sait exprimer aussi bien le grave et le léger. Il assure dès cette époque de nombreuses premières parties comme celles d’Alain Souchon, Julien Clerc, Noa, Cesaria Evora… Ce qui lui confère une très grande assurance sur scène.
Aujourd’hui, cet artiste hors norme promeut l'esprit d'ouverture de la musique arabo-andalouse au delà des frontières françaises : au cours du festival Womad de Las Palmas de 2004, il fait un triomphe, et décroche une tournée à travers le monde. Capable de faire danser et chanter plusieurs milliers de personnes au son de son violon et de sa voix, il a depuis été acclamé à Londres, Madrid, Amsterdam, Sinagapour…
La force d'Akim, c'est la scène, mais surtout sa capacité à faire partager l'exigeance d'une musique de qualité à un public extrêmement varié, de tous âges, religions, et nationalités. Akim est celui qui réussit le pari de rendre populaire la musique arabo-andalouse et la philosophie qu’elle véhicule.
...offerte comme un bouquet
Sur scène comme sur l'album, ce qui marque de la musique d'Akim, c'est sa richesse et sa variété. Pour lui, chaque chanson est une fleur, avec son parfum (fait d’émotions) et sa couleur (qui marque son style). Entrer
dans son univers, c'est donc partir dans un monde enchanteur et poétique, se balader de la nostlagie la plus bouleversante - cf. Aïni - à la joie la plus communicative - cf. Eh Mama -, du son épuré du 7e siècle à Grenade - cf. Wissal - au son plus rock du XXIe siècle rue Oberkampf - cf. Ya habibi ya lil...
Akim n'est pas à une contradiction près : c'est un cultivateur de fleurs sauvages.
Avec générosité, Akim nous fait partager son bonheur à évoluer dans son jardin : on est surpris à chaque instant, et on repart avec des bouquets de joie et d'émotions, qui embaumeront longtemps notre quotidien.
Le disque : Aïni Amel
(Lila records / Nocturne)
Ce second disque, Akim l’a porté pendant trois ans. Il lui ressemble en tout. Il a aboli le temps et les frontières de sa vie. Il est son jardin, son voyage intérieur, ses yeux.
Univers arabo-latin enchanteur, où l’on retrouve l’Orient naturellement, le flamenco, des cadences afro-hispaniques, des ballades sereines, le tout pimenté de couleurs celtiques, tziganes, bossa…
Akim El Sikameya chante avec la sensibilité de son époque des amours heureuses et des douleurs pudiques. “Je ne suis pas un rebelle, ni un révolté. Je cherche juste l’essence de la musique que j’aime pour lui donner sa dimension naturellement universelle et moderne” raconte Akim qui a fait appel à plus de 20 musiciens algériens, anglais et français pour réaliser son disque, entre Londres et Paris.