Nouméa toute mon enfance
Découverte par Cook en 1774, effleurée plus qu'explorée par d'Entrecasteaux, puis par Dumont d'Urville, la Nouvelle-Calédonie demeure mal connue au début du XIXe siècle. Les trafiquants eux-mêmes, anglais pour la plupart, ne fréquentent guère que ses rivages dont ils exploitent les bois précieux. Le 21 décembre 1843, le Bucéphale, commandé par l'amiral Dupetit-Thouars, débarque Mgr Douarre et quelques missionnaires maristes à Balade, dans le nord de l'île. Mais les Canaques acceptent mal de vivre en chrétiens et l'activité missionnaire se résume bientôt à administrer les derniers sacrements aux mourants. Constatant que ceux qui sont baptisés meurent peu après, les Canaques considèrent rapidement les prêtres comme des sorciers malfaisants et les harcèlent pour les faire partir. Mgr Douarre réclame une occupation militaire qui assurerait la sécurité, mais le gouvernement craint les réactions anglaises; les missionnaires doivent réembarquer en août 1847. Ils se réinstallent plus au sud, sur l'île des Pins. En 1853, Napoléon III estime que l'alliance. franco-anglaise, réalisée en Crimée, est suffisamment solide pour qu'une occupation par la France de la Nouvelle-Calédonie ne crée pas d'incident. L'opération est cependant préparée dans le plus grand secret. Le 24 septembre, l'amiral Febvrier-Despointes prend officiellement possession de la Nouvelle-Calédonie, puis il appareille pour l'île des Pins, également convoitée. Il y trouve un navire anglais au mouillage. Les maristes lui apprennent que les Britanniques veulent négocier l'achat de l'île auprès des chefs locaux. Les missionnaires plaident discrètement la cause française auprès de ces derniers et Febvrier-Despointes réussit à prendre possession du lieu. La jeune colonie est placée sous l'autorité du capitaine Tardy de Montravel. Celui-ci s'attache à reconnaître le pays. Il découvre la remarquable rade de Moraré où il fonde Port-de-France, devenu Nouméa en 1866. En 1863, l'île devient un lieu de déportation. Les premiers forçats débarqués l'année suivante sont concentrés à l'île de Nou, près de Nouméa. Dans l'esprit des autorités, le travail forcé doit contribuer à mettre l'île en valeur. En fait, le bagne entravera la colonisation. Contrairement aux prévisions, la plupart des forçats quitteront l'île à leur libération. En 1870, la Nouvelle-Calédonie ne compte encore que 1300 colons. Elle accueille bientôt les déportés de la Commune, mais la colonisation ne progresse que lentement. L'extension des pacages des Européens au détriment des cultures des Canaques provoque la colère de ces derniers. Une révolte meurtrière ensanglante l'île en 1878.
