Emily_Loizeau

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par Emily_Loizeau

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Comme le dit la chanson qui donne son titre à son premier album, Emily Loizeau est venue " de l'autre bout du monde " pour signer le premier disque français de la petite histoire de Fargo. En entendant son chant léger, son humour un peu noir et ses piques amusées lancées contre la déjà mythique " Adèle de Bayeux ", Andrew Bird a été séduit et a accepté de rejoindre (en français !) Loizeau pour l'aider à (forcément...) " faire son nid ". Enregistré " comme à la maison ", avec surtout un piano et une voix, L'Autre Bout Du Monde s'impose comme un premier disque de chanson française aux accents anglais qui doit sans doute autant à Tom Waits et Randy Newman qu'à Jeanne Moreau ou Michel Legrand...

« En mars 2005, alors que mon équipe et moi-même étions en plein lancement du nouvel album d'Andrew Bird, je reçus un coup de fil d'une jeune femme qui disait s'appeler Emily Loizeau. Je trouvais ça curieux et un peu amusant (j'appris ensuite qu'il s'agissait de son vrai nom)... Elle était pianiste et chanteuse et, ayant craqué sur le précédent disque de notre homme-orchestre de Chicago, elle se proposait pour faire la première partie d'un de ses prochains concerts. Accessoirement, elle voulait aussi savoir s'il accepterait de jouer du violon sur l'une des chansons du premier album qu'elle comptait enregistrer dès l'été suivant, en auto-production.

N'y voyant pas vraiment d'inconvénient, je lui proposais donc de m'envoyer ses maquettes afin que je puisse les faire passer à Andrew. Et j'en profitais, aussi, pour lui demander une copie pour moi, au cas où... En effet, si Fargo est un label parisien, j'avais toujours plus ou moins regretté l'absence d'artistes français sur notre catalogue. Il y avait beaucoup d'Américains, quelques Suédois, un Anglais, des Hollandais... mais toujours pas de Français ! Et, s'il en était ainsi, ce n'était pas par choix, mais simplement parce que je n'avais pas encore eu de véritable coup de coeur parmi tous les artistes locaux qui étaient venus à nous.

Quelques jours plus tard, je reçus les maquettes en question et commençais à les écouter en boucle. Avec ces six chansons enregistrées sur minidisc dans son appart' de Belleville, Emily affirmait déjà une solide personnalité. Je découvrais cette voix qui, entre sa mélancolie et son air (faussement) ingénu, me rappelait un peu Ambrosia de Shivaree ou Blossom Dearie. Et, à mesure que je me familiarisais avec ces chansons, je voyais un univers se dessiner... J'étais sous le charme !

Ensuite, après quelques e-mails et la découverte d'une poignée de nouveaux titres, je me décidais à aller la voir en concert. Une, deux, puis trois fois... Notre première rencontre eut d'ailleurs lieu au festival Chorus des Hauts de Seine. Sur scène, Emily se produisait seule avec son piano. Dans ces conditions, il n'y a pas de triche possible : ça passe ou ça casse. Heureusement, Emily savait déjà amadouer le public... D'abord avec une balade en forme de caresse, puis avec un petit numéro de piano bastringue façon Tom Waits, ensuite avec une dédicace rapide à Rocco Sifredi et, enfin, en terminant sur une chanson bouleversante évoquant son père disparu.

En discutant avec elle, j'appris qu'elle avait commencé le piano vers l'âge de cinq ans et qu'elle avait ensuite suivi une longue formation classique avant de bifurquer vers le théâtre en tant qu'assistante de mise en scène. Curieusement, ce n'était que vers la fin 2001 qu'elle s'était vraiment mise à écrire des chansons, en français... et en anglais, puisque sa mère est anglaise (ce qui explique le « y » de son prénom). Musicalement, ses influences semblaient assez variées, même si elle me parlait surtout de Bob Dylan (dont elle reprend, sur scène, le superbe « To Make You Feel My Love »), Tom Waits (avec qui elle rêve de faire un duo), de Randy Newman et de Antony & The Johnsons (et pas seulement parce que son album s'appelle I Am A Bird Now !). Pour moi, c'était une évidence, Emily était l'artiste française que je cherchais à signer depuis le début de l'aventure Fargo. A peine deux mois plus tard, les sessions d'enregistrement de l'album commençaient dans le joli studio de Meudon. L'endroit était beau et calme, mais il abritait, surtout, un magnifique Steinway et un Fazioli. Car, ce disque se devait d'être, avant tout, une histoire de voix et de piano.

Emily a réalisé l'album elle-même. Elle avait déjà une vision très précise de ce qu'elle voulait : un album simple, essentiellement axé sur le tandem piano-voix et qu'on aurait pu enregistrer à la maison. Franck Monnet, qui la suit depuis qu'elle s'est mise à la chanson (et qui a, lui-même, quelques disques à son actif), l'a épaulée dans cette réalisation.

Le disque a été enregistré sur quatorze jours, entre le 19 juin et le 10 Juillet 2005, et c'est le stoïque Jean-Baptiste Brunhes qui était derrière la console d'ingénieur du son. La première semaine a été consacrée aux chansons enregistrées en trio, avec Cyril Avèque à la batterie et Jerôme Goldet à la contrebasse, deux fidèles qui suivent Emily depuis l'enregistrement de son cd six-titres auto-produit, il y a deux ans. C'est donc là qu'Emily a enregistré « Jalouse », une chanson où elle évoque notamment son obsession pour la cuisine chinoise (eh oui... normal quand on habite Belleville !), le coquin « Boby Chéri », ainsi que l'amusant « Voilà Pourquoi », et sa bonne dose d'humour absurde. Je crois, d'ailleurs, que je me souviendrai longtemps de l'étonnement de Bernard, le propriétaire du studio, lorsqu'il découvrit les cordes de son Steinway recouvertes de divers objets, afin qu'il puisse en sortir le son d'une « boîte à musique »... La deuxième semaine fut consacrée aux chansons piano-voix et aux quelques invités, venus les habiller de cordes ou de choeurs. Sarah Murcia, d'abord, qui vint jouer de la contrebasse et de l'archet sur « Comment Dire » et « L'Age d'Or ». Olivier Daviaud, ensuite, un violoncelliste d'une inventivité folle qui a aussi signé les arrangements de « Jasseron », le duo entre Emily et Franck. Et puis, parce qu'il fallait bien que cet oiseau-là finisse par nous rejoindre à Meudon, ce fut le tour d'Andrew Bird qui vint accompagné de Kevin O'Donnell, son batteur, puisqu'ils étaient alors, tous les deux, au repos entre leur date aux Eurockéennes de Belfort et celle du festival de Cluses. En deux demi-journées, Andrew a ajouté des violons à « L'Autre Bout Du Monde » et « London Town », une chanson qu'il a finalement chantée (en français, s'il vous plaît !) en duo avec Emily. De son côté, Kevin O'Donnell a joué sur « L'Autre Bout Du Monde » , « Boby Cheri » et « Leaving You ». De passage à Paris après une tournée anglaise, Neal Casal a joué de la guitare acoustique sur « London Town ». Et, le chanteur Abel K1, auteur et compositeur de la chanson « L'Age D'Or », avec lequel Emily aime à collaborer, est aussi venu jeter son oeil curieux. Enfin, en copains de la bande, Manu, Mali et Guizmo de Tryo sont venus ajouter des choeurs et chanter un couplet sur « Voilà Pourquoi ».

L'enregistrement de l'album s'est finalement terminé le 10 juillet. Ensuite, Emily est partie au Québec pendant un mois poser les jalons d'une tournée à venir en juin prochain.

Et, malgré ses menaces répétées, elle n'a pas réussi à revenir avec l'accent !

A son retour, elle a retrouvé son Yamaha et la route pour quelques dates en première partie d'Andrew. L'album a été mixé par Jean-Baptiste Brunhes début novembre dans le studio Labo M, près du Père Lachaise et masterisé au studio La Source.

Aujourd'hui, l'album est fini. Et je ne vous cacherai pas que ce disque, le bébé d'Emily, est sans doute le projet le plus excitant et le plus crucial de la courte vie du label. Mais, maintenant, il n'y a plus qu'à le laisser voler de ses propres ailes. Comme un oiseau. Forcément... »

Michel Pampelune - Fargo
25 Novembre 2005

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