Berthet - A Force
"A Force" (Obeltz-Berthet) Extrait de l'album "Alouette" de Berthet disponible sur toutes les plateformes de téléchargement et sur www.cyberthet.com
Date de création : le 29 juin 2006
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Berthet sort un troisième album, intitulé « Alouette ». Pour ceux qui l’auraient oublié - turn over de la scène musicale oblige - Berthet c’est d’abord un parcours de musicien, guitariste de formation qui forge sa patte dans différents groupes jusqu’à entamer une carrière solo en 1998. Il est propulsé parmi les artistes de la scène montante cette même année en remportant le trophée Radio France de la Truffe d’Argent à Périgueux. Son talent ne passe pas inaperçu et Berthet est bientôt courtisé par Barclay qui signe son premier album « Pudeurs » dont on retiendra le mérite de sa singularité. On se souviendra de l’irrésistible et radiophonique « A la terrasse d’un café » avec Berthet dans un rôle (NDLR : de composition ?) de séducteur timide et malheureux. Dans un style qui n’appartient qu’à lui, Berthet réussit le mélange improbable, d’influences rock, de tourneries trip hop, et de folksong pour donner à entendre des pièces qui brillent par la richesse de leurs mélodies.
Deux ans et un album plus tard, Berthet a changé de maison de disque, et se met entre les mains d’une nouvelle équipe pour défendre son dernier opus « Equivoque ». Si Berthet nous avait déjà laissé supposer que sa première maîtresse était une guitare, cette fois il entérine la chose sans "pudeurs". Elles sont partout, écorchées vives, teintées, hurlantes, railleuses, passionnées, nucléaires. Le vernis du beau et gentil garçon a fini par craquer. Si l'interprète sait garder la voix douce et enjôleuse, il sait aussi crier sa rage, ses regrets, son impuissance se montrant sous un nouveau jour où la tiédeur polie a de moins en moins sa place. Il nous offre un de ses plus beaux titres « Sous les pavés (Maria) ». Mal défendu, victime du business, de mauvais choix d’extraits d’album, en définitive, « Equivoque » n’aura pas la reconnaissance attendue. Après sa participation aux XXèmes Francofolies de la Rochelle en juillet 2004, pour Berthet c’est l’heure du bilan et de la remise en question. Après les déceptions, viennent les doutes, après les doutes, vient la colère, et après la colère, le retour au calme et les prises de décisions. Et de se remettre au travail.
Après une absence de quatre ans, il revient avec un nouvel album de 11 titres dont 8 sont entièrement de sa composition (paroles et musiques). On notera la participation de deux nouveaux paroliers : David Obeltz (Scapin, ex-bassiste de Daran) pour un « A force » entêtant et agressif, et Dana Kern, auteur compositeur interprète, rencontrée aux rencontres musicales d’Astaffort de Francis Cabrel, avec laquelle il a travaillé sur son album « Premier Regard ». Ses influences musicales, on le sent, sont variées, de la pop anglaise (XTC), aux racines du blues et du folksong américain (Mellencamp), en passant par le rock français à la Aubert, le punk grande époque, Berthet tend à réunir ses préférences sans céder à l’air du temps. La trinité guitare-basse-batterie est omniprésente et les guitares sont toujours aussi soignées et expressives. Toutefois, la présence de claviers (piano, orgue Hammond, etc.) est une évolution majeure dans l’ambiance des arrangements. Berthet dit ne pas se considérer comme un chanteur, voilà peut-être pourquoi il parvient à convaincre par son interprétation, souvent sobre mais juste, qui convient tout particulièrement aux thèmes délicats et sujets à controverse dont il traite (« Un chien abandonné »). Le ton est donné, il sera sans complaisance, Berthet veut simplement dire ce qui le touche. Il est las d’arrondir les angles pour se faire aimer, le caractère se trempe, et les thèmes de ses chansons reflètent un arrêt à la croisée des chemins entre présent et avenir. Il se réjouit comme un enfant « A la lumière » des sourires de sa belle, souffre des relations amoureuses conflictuelles comme un adolescent « Tu m’as déjà manqué », règle ses comptes avec la télé réalité à coup de comptine innocente « Alouette » teintée de punk à la Stranglers, s’inquiète, résolument adulte, du sort du genre humain « La raison d’état », cherche, résolument humain, à croire encore au moins en une femme pour son salut « Les mains jointes » ou à se protéger dans une fuite en avant avec l’utopique « Ferme mes yeux » jusqu’à attendre résolument « Les bras croisés ». La fin ? Une réparation ? Après nous avoir emmenés sur une mer agitée, sous toutes ses casquettes, il donne le coup de grâce final avec un « Je ne vous ai pas tout dit » qui tombe définitivement le masque du Berthet lisse et conciliant. Quand, mot après maux, dans une ultime tentative pour se dire, Berthet se livre aux aveux et jette à la figure du monde les lambeaux d‘une âme déchirée par son côté obscur, alors, avec un sourire de contenance figé pour cacher ses points de touche, religieusement, on l’écoute jusqu’au sang.