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par AXIOM

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Le rap français est-il condamné à la vulgarité ? La fascination pour la violence définit-elle désormais ce genre venu de la rue ? Pas avec Axiom.

Né à Lille, quartier Moulin Belfort, en 1975, ce rappeur a évolué dans les cités dortoir du « grand Nord », comme il dit, avant de se lancer dans l’art de la rime. Aîné d’une famille de 5 enfants (plus deux autres adoptés), Axiom a grandi comme il pouvait, avec l’amour de ses parents, sans complètement éviter les pièges de la rue.
La crise économique talonne sa famille, et Axiom en subit les conséquences. « Depuis cette époque », explique-t-il, « je déteste tous les signes de pauvreté. Je le dis avec haine, mais c’est vrai. Je ne supporte pas un frigo vide. J’ai un drôle de rapport à l’argent. »
À 13 ans, Axiom se définit déjà comme un MC (« J’avais la coupe afro, les habits flashy, des pompes coquées, tout l’accoutrement ! »). La Belgique, toute proche, est une grosse influence pour ce rappeur qui découvre ainsi la Zoulou Nation et ses préceptes humanistes.
De petites salles en MJCs, c’est la scène qui sera la révélation. « Quand je suis monté pour la première fois sur les planches, j’ai vu que quelqu’un d’autre sommeillait en moi » se souvient Axiom, qui monte le label hip hop lillois Kafar Productions, sa première fierté (« Pour un fils d’ouvrier, dire que tu es chef d’entreprise, c’est un symbole fort. Même si tu ne gagnes rien »). Il y développe le groupe Rebel Intellect, qui devient Mental Kombat. Il y a du monde derrière Axiom. « Rappeurs, breakers, taggers, on était une soixantaine à bousiller la ville et à faire chier tout le monde ! »

Un premier album L’arrêt public, sort en distribution nationale. 7000 exemplaires sont vendus en indépendant, sans relais médiatique. « Tu es un bouseux, tu es à la campagne ! Pourtant Lille est une métropole de 4 millions d’habitants. C’est là que Skyrock fait sa plus grosse audience. »
Travailleur acharné, Axiom ne cesse d’écrire, de parler, d’agir. En réaction aux émeutes urbaines de l’automne 2005, il se lance dans l’écriture d’une lettre à Chirac. Comme Boris Vian ou le rappeur Fabe avant lui, Axiom harangue le président en des termes durs, mais sans manier l’insulte ou l’anathème. Contacté à l’arrache, Karl Zéro apprécie le morceau et diffuse dans son « Vrai Journal » le clip réalisé par Axiom pour cette « Lettre au Président » dont la musique sample « La Marseillaise ».
Premier rappeur blogger, Axiom pose sa lettre sur son site www.axiomfirst.com, déclenchant des réactions inattendues. « On a reçu plus de 2.000 lettres en trois semaines : de la communauté francophone de Manhattan, de profs qui font étudier la lettre en université ou la font chanter dans les écoles… Un truc de fou, plein de lettres de soutien. Et quelques gens du front national, qui ne m’insultent pas parce qu’ils ne peuvent pas critiquer le fond de mon propos. » Sans oublier Jacques Chirac, qui y a répondu personnellement (sa réponse est en ligne sur le site d’Axiom).

Le buzz internet alerte les maisons de disques, qui foncent sur Lille afin d’en savoir plus sur cet ovni à la plume si originale. C’est ULM qui décroche le deal, mais c’est avec un street album gratuit disponible en ligne qu’Axiom entend d’abord se présenter au grand public. L’album officiel suit dans la foulée, et va révéler l’éclectisme de cet artiste plein de surprises qui a produit, écrit, composé et réalisé seul son disque.
Axiom a la particularité d’être à l’aise sur tous les sujets. Il est sarcastique quand il décrit son rapport avec le monde médiatique (« Média » au refrain irrésistible), amer quand il évoque sa couleur de peau qui fait peur (« Je suis l’Arabe »), citoyen quand il rédige sa « Lettre au Président », nostalgique quand il se souvient de sa génération perdue (« Génération 75 ») et visionnaire quand il met en scène sa ville de Lille vue par trois générations (« Lille ma Médina »). Et toujours pertinent. Axiom sait aussi frapper au cœur, comme avec le bouleversant « Prenez bien soin » qui évoque sa grand-mère disparue et ses amis partis trop tôt. Un morceau qu’il a dû enregistrer en faisant sortir tout le monde du studio où il posait sa voix. Question de pudeur. « L’émotion guide ma plume, contrairement à ce qu’on fait dans le rap. En tant qu’artiste, c’est moi que ça touche quand je fais sortir mon vécu. En tant que producteur, ce genre de texte élargit mon public. Mais je ne sais pas si je pourrais le dire sur une scène sans retenir mes larmes. »
En 17 titres allant du rire aux larmes, du r & b au hardcore, de la réflexion à l’action, Axiom réinvente cette rap musique qu’il aime tant en version française (le texte de « Rap Français » est à ce titre un pur bijou, qui cloue le bec avec finesse aux snobs qui croient en l’infériorité des rappeurs français face aux Américains).

Au fait, pourquoi Axiom ? « Mon prénom est Hicham, Axiom était mon nom de tag. J’ai compris vite fait que je n’étais pas assez bon tagger, alors j’ai juste gardé le nom. Un axiome, c’est une vérité qui ne nécessite pas de démonstration. Ce que dans le langage commun on appelle une évidence. » À l’écoute du premier album d’Axiom, on ne saurait mieux définir le talent manifeste de ce MC hors des clichés, prêt à lancer la 6ème république sur un beat hip hop.

Olivier Cachin

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